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Retour sur les brosses et sur la technique : Goya

Extrait de « Voyage en Espagne » de Théophile Gautier – (1845 ) : « La manière de peindre de Goya était aussi excentrique que son talent : il puisait la couleur dans des baquets, l’appliquait avec des éponges, des balais, des torchons, et tout ce qui lui tombait sous la main ; il truellait et maçonnait ses tons comme du mortier, et donnait les touches de sentiment à grands coups de pouce. À l’aide de ces procédés expéditifs et péremptoires, il couvrait en un ou deux jours une trentaine de pieds de muraille. Tout ceci nous paraît dépasser un peu les bornes de la fougue et de l’entrain ; les artistes les plus emportés sont des lécheurs en comparaison. Il exécuta, avec une cuiller en guise de brosse, une scène du Dos de Mayo, où l’on voit des Français qui fusillent des Espagnols. C’est une œuvre d’une verve et d’une furie incroyables. Cette curieuse peinture est reléguée sans honneur dans l’antichambre du musée de Madrid. »

Extrait de « Goya » de Charles Yriarte – (1867) : « Avec Goya on n’a jamais tout dit, et tandis qu’à l’Alameda du duc d’Ossuna il peint des tableaux fins et délicats qui rappellent la facture de Fragonard et les spirituelles délicatesses de Watteau qui avait dû beaucoup le frapper, au Musée de Madrid il se montre fougueux décorateur, et se contente d’un à peu près plein de passion, mais parfois aussi plein de négligences d’exécution.

On a souvent dit que Goya peignait avec le premier outil venu , on prétend que la grande esquisse du Dos de Mayo, qui se trouve dans la première salle du Musée royal, a été peinte avec une cuiller, la tradition le veut ainsi ; mais si on tient à savoir la vérité sur ce sujet, il faudra constater qu’il n’attachait aucune espèce d’importance à la matière sur laquelle il peignait. Le premier carton venu, une toile grossière et mal tendue fixée aux angles à l’aide de quatre clous, du papier très-fort et préparé à l’essence, des couleurs mal broyées et un couteau à palette, c’était plus qu’il ne lui fallait pour assouvir sa rage, car il peignait avec furie, et sa main courait sur la toile; il a peint dans une journée des figures grandes comme nature. Ce fameux Dos de Mayo n’est lui-même qu’une décoration rapidement peinte dans un but d’actualité; je sais aussi dans les bureaux de la direction des postes au ministère de l’intérieur de Madrid un portrait monumental de Ferdinand VII qui fut peint en trois heures, pour servir de transparent un soir d’illumination. C’est une œuvre dite décorative, sans doute, mais elle se recommande par des qualités de vigueur et d’entrain qui sont bien faites pour séduire les peintres. Goya peignait donc avec de grossiers pinceaux, et mettait souvent les touches d’expression avec le pouce recouvert d’un chiffon. Vers la fin de sa vie il abusa des tableaux monochromes, exagérant le principe de l’harmonie des tons, et il a été jusqu’à ébaucher certaines toiles avec de l’encre d’imprimerie.

Il est à remarquer que quoique le peintre de San Antonio soit presque notre contemporain et que toutes ses œuvres, ou du moins ses œuvres les plus importantes, nous soient connues, on possède peu d’études préparatoires pour ses grandes toiles. C’est là le côté curieux de cette nature; sa facilité était prodigieuse, il ébauchait l’esquisse et commençait immédiatement la grande exécution. Il cherchait son ensemble à l’aide du charbon, puis dégageait de ce chaos une figure tout entière, en la peignant sans se préoccuper de l’ensemble; ce n’est que lorsque toute sa composition était peinte, qu’il la ramenait à l’harmonie générale par des sacrifices et des valeurs. »