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Palette d’Aimé Morot (d’après Charles Moreau-Vauthier)

Blanc d’argent — http://www.couleurs-leroux.com/couleurs-extra-fines-quatre-etoiles/blanc-argent-4-etoiles.html
Blanc de zinc —
Ocre jaune —
Ocre rouge —
Cadmium (jaune) —
Cadmium rouge — http://www.couleurs-leroux.com/couleurs-extra-fines-quatre-etoiles/rouge-cadmium-clair-4-etoiles.html
Sienne naturelle —
Sienne brûlée —
Bleu de cobalt—
Vert émeraude —
Laque rose —
Laque carminée fine — http://www.couleurs-leroux.com/couleurs-extra-fines-quatre-etoiles/laque-carminee-alizarine-4-etoiles.html
Noir d’ivoire.

Véhicules : Huile et un peu d’essence, parfois copal à l’huile, comme Gérôme.
Support : Toile à l’huile très sèche.
Exécution : Dessin au pinceau ou au fusain peu indiqué. Ébauchait juste, couvrant le tout. Reprenait aussitôt sec partout à la fois, pas par morceaux.

Pigment Momie

« Momie », « Jaune de momie », « Brun momie », « brun égyptien » ou « Caput Mortuum »

Le pigment momie est connu depuis l’antiquité et fut surtout populaire à la Renaissance et en France au XIXe jusqu’au début du XXe. Il s’agissait au départ d’un médicament, puis servit de pigment pour la peinture. Ce pigment brun foncé, bitumineux, était obtenu en réduisant en poudre fine les restes de momies. Il était donc composé de corps de momies, de bitume, de bandelettes, d’encens, de sciure, de lin, de résine, de boue, de cire. Interdit depuis 1925, il est maintenant appellé caput mortuum , pigment à tonalité plutôt brun violet, obtenu avec un oxyde de fer synthétique. Au départ, il était jaune-brun.

Il faisait partie de la palette de Delacroix, de Jules Dupré, de Millet, de Théodore Rousseau, notamment.

Palette de Bouguereau (d’après Charles Moreau-Vauthier)

Jaune de Naples —
Ocre jaune —
Jaune de chrome foncé — http://www.couleurs-leroux.com/jaune-chrome-fonce-4-etoiles.html
Vert émeraude —
Bleu de cobalt —
Blanc d’argent — http://www.couleurs-leroux.com/couleurs-extra-fines-quatre-etoiles/blanc-argent-4-etoiles.html (peut être remplacé par le blanc de lithopone et blanc de titane)
Vermillon clair —
Vermillon de Chine — http://www.michaelharding.co.uk/colour-info.php?cID=102
Brun rouge — (disponible chez Sennelier)
Brun Van Dyck —
Terre de Sienne brûlée —
Noir d’ivoire —
Bitume — (disponible chez Sennelier)
Laque de garance foncée —

Médium : essence de térébenthine, siccatif de courtrai, siccatif de harlem, huile de noix, huile noire.

Bouguereau achetait le plus souvent ses couleurs en tubes, chez Lefranc.

Medium Alkyde

Le medium alkyde est un diluant pour la peinture à l’huile ou alkyde. Ce médium permet de diminuer le temps de séchage. Il accroît le brillant de la peinture. Il peut être dilué avec de l’essence de pétrole ou de térébenthine. Coupé avec de l’essence, le rendu est plus satiné. On peut aussi le mélanger avec des siccatifs, ce qui va encore accélérer son séchage. Autre particularité intéressante : il peut s’utiliser comme médium de glacis (donc glacis à séchage rapide). Il sèche au toucher en 24h environ.

Ce medium est intéressant pour des petites peintures rapides, des esquisses en extérieur par exemple, ou pour des effets moelleux satinés dans les coups de pinceaux, mais attention au côté gelé/figé des coups de pinceaux sur les transparences et les jus. Pour une utilisation en médium dans les couches intermédiaires, il permet de fluidifier, de sécher relativement vite tout en conservant un aspect « mouillé » à l’huile. Pour les glacis, il convient bien pour une seule teinte, une variation unique.

Supports & Peinture à l’huile

Au fil des années, j’ai testé tous les supports et tous les principes de support pour la peinture à l’huile, et encore hier matin, je m’arrachais mes derniers cheveux avec un châssis pro et une toile de lin pur grain fin.

Les supports sont un véritable problème. La plupart des châssis entoilés qu’on trouve dans le commerce, avec cet enduit universel, sont très bas de gamme. La toile est toujours en « grain moyen » qui est plutôt un grain grossier et irrégulier. L’enduit universel craque et le châssis en sapin est très léger. Dans le domaine des cartons entoilés, il y a du bon et du moins bon, quand on sait quel est le matériau de la toile, quand les cartons ne sont pas pleins de moisissures, comme je l’ai vu ce matin dans un grand magasin spécialisé. Pour les portraits, la peinture classique, rien n’est vraiment adapté au niveau de finition requis. Pour la peinture en série, à la chaîne, à l’acrylique etc… tout va bien.

Pour ceux qui veulent un support de haute qualité pour de la peinture exigeante, il existe deux solutions intéressantes pour que nos tableaux nous survivent. Elles demandent toutes les deux plus ou moins d’investissement.

1. Le contre-plaqué d’okoumé (bois exotique). Ces fines plaques de bois très fortement collées résistent très bien à l’humidité, aux variations de température, au temps. En 10mm ou 15mm selon le format. On peut faire couper les planches aux dimensions que l’on veut, les enduire de gesso. Facile, pas très cher, bonne résistance, mais lourd. Cette solution suffit pour les esquisses. Pour des tableaux, il est préférable d’acheter de la toile de lin brut (non enduit), de l’encoller directement sur le panneau d’okoumé (qui sera encollé recto verso) avec de la colle de peau. Il faudra bien chasser les bulles d’air à la main. Plusieurs couches sont nécessaires. Bien attendre que ce soit sec, puis mettre plusieurs couches d’enduit (colle de peau+ blanc de Meudon), et poncer entre chaque couche avec un papier de verre très très fin. Avec cette préparation, on a un des meilleurs supports possibles actuellement. A noter que j’ai déjà essayé sur panneau de tilleul ou de chêne, comme à la Renaissance, et le panneau aura tendance à se déformer, alors que le contre-plaqué d’okoumé, non. Donc, pas de snobisme sur l’essence du bois. Un de mes premiers tableaux à l’huile, très mal préparé, et très mal fait, il y a plus de 25 ans, sur du contre-plaqué d’okoumé n’a pas bougé d’un millimètre. J’ai trois panneaux de tilleuls fabriqués par un ébéniste, à l’ancienne, avec un montage particulier, épaisseur 5 cm. Avec toiles marouflées dessus. Un s’est totalement déformé, un autre s’est juste courbé un peu, et le troisième n’a pas bougé. Ils ont tous les trois été encollés, marouflés et enduits par mes soins avec les mêmes préparations, au même moment, il y a 5 ans. Même résultats avec des panneaux de chêne.

Il y a aussi le Tintoretto de Gerstaecker. Composé de 5 couches de bois collées et d’un châssis qui maintient la surface, on se rapproche aussi des supports de la Renaissance. Surface lisse et dure.

2. Le châssis de meilleure qualité possible (qualité Musée, pro, extra selon les appellations) à clé, à monter soi-même, selon la taille désirée. Acheter des pinces, une toile de lin extra fin 100% pure déjà enduite, et surtout la tendre soi-même, parce que sinon ce sera fait à la chaîne n’importe comment avec des pistolets à agrafes, et la toile sera tendue, mais très mal tendue, sans respecter les règles élémentaires. J’en ai fait les frais, je sais de quoi je parle. Je passe au spalter après, un enduit gras de terre de Sienne.

Couleurs & Peinture à l’huile

Pour les pigments, je vous conseille Les ocres de France (très bonne qualité, et très peu cher) : http://www.ocres-de-france.com/boutique.php?cat=1

Avec toutes ces variétés d’ocre, on peut faire de très belles peintures, à l’ancienne. A ces couleurs, on peut y adjoindre quelques pigments synthétiques, disponibles sur le site aussi : http://www.ocres-de-france.com/boutique.php?cat=2

Il faut, bien sûr, au préalable, mélanger ces pigments à de l’huile de lin (ou d’oeillette privilégiée pour quelques pigments parce qu’elle ne jaunit pas).

Pour les couleurs en tube : les meilleures marques, sont Lerouxhttp://www.couleursleroux.fr/ Charvin : http://www.charvin-arts.com/ Sennelier : http://www.sennelier.fr/ Blockx : http://www.blockx.be/ Michael Harding : http://www.michaelharding.co.uk/

La différence entre les gammes de tubes de peintures à l’huile (étude, fine et extra-fine) est simplement la quantité de pigments, mais la qualité des pigments restent la même.

Le meilleur moyen de savoir ce qu’il y a dans votre peinture est d’acheter des pigments purs et de les mélanger à de l’huile de lin.

Dans les tubes de qualité « étude » et « fine », le manque de pigments est compensé par une charge de plus ou moins grande qualité mais qui est incolore et est sensée ne pas altérer le pigment. Pour les jus et les fonds, ça n’a pas vraiment d’incidence. Pour les détails, les glacis, les couches supérieures, ou des couleurs bien précises, il peut être intéressant, dans un contexte professionnel, d’utiliser de l’extra-fine. Pour les esquisses, la qualité étude est bien suffisante, même si, on rencontrera quelques impuretés ou des petits morceaux solides dans la charge des tubes premiers prix.

Quand j’étais encore à l’Ecole, dans l’atelier peinture, on avait des énormes pots de pigments basiques (terre d’ombre, ocre jaune, ocre rouge…) qui sont finalement très peu chers, qu’on mélangeait au couteau avec de l’huile de lin. Et pour qui peint beaucoup, ou de grandes surfaces, cette solution reste la moins chère et la meilleure qualité possible.

Quelles couleurs en tubes acheter ? Logiquement, on doit pouvoir faire toutes les variations et toutes les couleurs sur la palette avec les 3 couleurs primaires et du blanc et du noir. Un peintre qui débute aura toujours intérêt à acheter en plus quelques tubes supplémentaires : terre d’ombre, ocre rouge, ocre jaune (la base des terres), outremer, jaune d’or, et un vermillon par exemple. Pour des projets très spécifiques, et une volonté d’utiliser des couleurs sans mélange (sauf de ton) sur la palette, il peut être intéressant d’acheter des couleurs spécifiques. Les plus chers sont les cobalt, dont le Violet de Cobalt, et surtout le Lapis Lazuli (outremer véritable, 20000 euros le kilo).

Les couleurs sont opaques, semi-opaques ou transparentes (indiqué par un carré noir, carré barré ou carré blanc); il faut bien y faire attention pour les mélanges. Attention au blanc, il contamine tous les mélanges et va influer sur les teintes au séchage qui peuvent être différentes.

Les couleurs de mars (terres et ocres de synthèse qui dérivent du fer) ont une bonne tenue au séchage, et ont un très grand pouvoir colorant. Une qualité fine suffit pour ces couleurs, la plupart du temps. Ces couleurs font des merveilles en glacis. Le blanc de titane a tendance à être plus couvrant que le blanc de zinc.

Essences & Glacis : L’essence d’Aspic et le Baume de térébenthine de Venise

L’essence d’Aspic est une essence tirée de la lavande à épis (lavandula latifolia), du latin « spicum » d’où son nom, ou « spike » en anglais. Elle est une essence à séchage lent. L’odeur très forte de lavande pouvant incommoder, je vous conseille d’en utiliser peu, et de l’utiliser pour des retouches maigres sur une première base (une ou plusieurs couches maigres) diluée à l’essence de térébenthine rectifiée. Elle a un très bon pouvoir solvant, qui confère à la peinture et à la touche beaucoup de moelleux.

On la trouve facilement chez Sennelier (60ml) ou chez Lefranc&Bourgeois (75ml) en petit pot, ce qui suffit largement, à mon avis, pour les couches intermédiaires. Sa particularité est de fondre, de lier les couches. Comme les autres liants pour la peinture à l’huile, l’essence d’Aspic est très dangereuse, voire mortelle.

J’aime son pouvoir solvant très particulier, moins sec et moins poisseux que peut l’être la térébenthine. Par contre, son odeur montant très vite à la tête, il n’est pas vraiment possible de la travailler longtemps, le nez sur son tableau.

Pour les adeptes des techniques anciennes de glacis (et de sfumato), le mieux est d’utiliser le Baume de térébenthine de Venise (résine du mélèze) en dosage de 5% (ne pas dépasser 5% pour éviter les craquelures) dans de l’essence d’aspic tiédie au bain marie (50°). Le Baume a l’aspect du miel (voir photo). Attention aux récipients et aux vapeurs; toutes ces manipulations sont hautement toxiques et polluantes. Pour conserver la loi du gras sur maigre et éviter les embus (même si le baume de térébenthine de Venise est justement utilisé pour les éviter), on ajoute, couche après couche quelques gouttes d’huile de lin cuite dans le mélange. Deux précisions : le séchage est très lent et la peinture reste très brillante, ce qui évite un vernissage final. Mieux vaut peindre tout le tableau avec cette recette. Et attendre le séchage de la couche avant d’en passer une autre, évidemment.

térébenthine de Venise

On prendra de la terre d’ombre pour les ombres du sfumato. L’utilisation de couleurs simples croisées en transparence est le principe : blanc, vermillon, terre d’ombre etc… les proportions et dosages de saturation permettent de monter à la fois les zones claires et les zones obscures, à partir d’un fond moyen, comme on le voit sur les tableaux « L’Adoration des mages » ou « Saint Jérôme » .

Le principe du glacis est un mélange par l’optique plutôt que sur la palette. On pourrait le rapprocher d’une technique à base de calques transparents, qui superposés confèrent au tableau beaucoup d’effets de profondeur et de lumière, soit une ancienne technique pour retrouver les 3 dimensions.

Aujourd’hui, il est possible d’acheter des mélanges préparés : le médium à glacis. Il suffit juste de les couper progressivement avec un peu moins d’essence pour respecter le gras sur maigre et d’attendre au minimum 3 jours entre chaque couche fine. On peut aussi mélanger l’essence d’Aspic avec l’essence de térébenthine rectifiée pour couper le médium. Le médium à peindre, le médium siccatif de Harlem, le médium siccatif flamand (à base de copal) permettent de réaliser des glacis de bonne tenue. Le médium Alkyde peut  aussi convenir aux débutants. Ne pas prendre des additifs siccatifs. Il existe aussi un mélange déjà tout préparé intitulé « térébenthine de Venise » chez Talens. Mais la composition n’est pas la même que le médium fabriqué « maison ».
Donc comme on l’a vu, la peinture à l’huile demande une connaissance approfondie des dosages entre huiles, résines, et essences. Les huiles (huile de lin, d’oeillette, de carthame et de noix) et les essences (Essence de térébenthine rectifiée, essence d’aspic, essence de pétrole). Les pigments (transparents ou opaques) sont déjà gras quand ils sortent du tube. La loi principale est celle du « gras sur maigre ». Plus on avance dans le tableau et plus le mélange doit être gras. Le mélange le plus simple, quand on débute, est : essence de térébenthine rectifiée + medium à peindre.

Dessin & Art Graphique

L’art graphique résulte d’une synthèse et d’une simplification du dessin pour utiliser ses vertus mécaniques, propres au mouvement, et d’une volonté de séduction immédiate des formes à la place des nuances, d’après la nature, des volumes et de la lumière. C’est, le plus souvent, une falsification séduisante du Dessein.  Mais, comme je l’affirme souvent, tout ce qui vient du dessin obéit aux lois du dessin, et les lois du dessin sont les lois des formes, des volumes, de la temporalité, des mouvements de la nature. La nature, telle qu’on la perçoit sur terre. Ces lois n’ont pas changées depuis que l’homme dessine à Lascaux, donc le dessin est le même, sans progrès possible, sans évolution possible. On ne peut que s’y soumettre ou s’y opposer pour proposer un système chaotique, ou surtout cahotant. Les expériences surréalistes et cubistes n’ont fait qu’explorer un invisible qui repose sur les mêmes bases que la nature. Mais soyons honnêtes, elles n’ont rien « ajouté » au dessein originel qui reste indétrôné et indétrônable. Il y a un grand désespoir dans toutes les peintures qui ont une stratégie d’évitement du dessin. L’art graphique propose un évitement singulier. Il veut imposer des langages autonomes et cohérents qui, sans remettre en question le dessin et la peinture, peuvent donner l’illusion qu’ils fonctionnent, loin de la soumission à la maîtrise.

L’illustration et la bande dessinée (qu’elles soient peintes ou non) se distinguent du Dessin et de la Peinture par l’utilisation de codes et de synthèses graphiques qui doivent permettre à l’artiste de les répéter sans trop de difficulté, et de les faire bouger comme il le veut pour donner l’illusion que son langage est capable de décrire un univers fictionnel cohérent, autonome. Un bon dessinateur de bande dessinée est donc, avant tout, un dessinateur capable de maîtriser les codes. Ces codes graphiques sont plus ou moins les mêmes depuis que le dessin existe (depuis les fresques égyptiennes par exemple, et les hiéroglyphes) : des lignes de contours, des signes pour les yeux, la bouche, des formes qui s’inspirent de la nature pour créer des systèmes simplifiés dont le sens et la reconnaissance par les autres hommes sont immédiats. Le niveau de « réalisme » concédé à ces codes est plus ou moins élevé; et plus ce niveau est élevé, plus la langue est riche, complexe, et permet une évocation troublante et merveilleuse de ces univers fictionnels. Des formes exagérées, des mouvements outranciers, l’usage de la caricature permettent de développer une vision humoristique ou grotesque.

Parce qu’il est décidé au préalable, le dessin dans l’art graphique ne peut évoluer ni se transformer autrement que lentement, et en emportant avec lui, tout le système de langage, qui doit rester cohérent. Il reste aussi bloqué, le plus souvent, par la technique utilisée par l’artiste pour écrire ce langage (encre de chine, le plus souvent). Ses nécessités de synthèse (illustration) ou de répétition par le code (bande dessinée) ne permettent pas les vibrations, et l’approfondissement de l’unicité du corps du dessin. Le corps du dessin est démultiplié, projeté dans la répétition industrielle de sa version finale qui est son destin ultime : être publié. Ce qu’il communique doit être supérieur à son mystère. Sa présence dans l’espace est réduite au minimum, quand une peinture ou un dessin plastique n’existent vraiment que dans leur réalité plutôt que dans leur reproduction. Pour voir un tableau, il faut le voir vraiment. Aucune photo ne révèle un tableau. Alors que la révélation d’une image (illustration et bande dessinée) est d’abord sa reproduction. Bien sûr, la reproduction des images diminue l’intensité du dessin des originaux. Il suffit de comparer ces reproductions aux originaux pour s’en convaincre. Nous devons bien distinguer les dessins qui ont vertus d’image (faits pour être magnifiés par la reproduction) et ceux qui ont vertus d’espace (diminués par la reproduction).

On comprendra que l’art plastique propose des corps seuls, quand l’image propose des images de corps, multipliées, tous égales les unes aux autres, et dont la force est d’autant diminuée que ces images de corps peuvent être vues. Le dessin de l’être, et le dessin des clones. Ainsi l’espace de l’oeuvre se différencie des images de l’oeuvre.

Il existe des images du tableau « la joconde » et il existe aussi « une image ». Cette image est célèbre dans le monde entier. Et c’est sur cette image que Duchamp, pour ne citer que lui, a fait son détournement. Pour autant, n’ont vu véritablement « la joconde » que ceux qui ont vu le « tableau ». Et Duchamp, s’il en a touché l’image pour la défier, n’a pas même effleuré le tableau contre lequel il ne peut rien. Le tableau n’a pas été créé pour être reproduit, pour être une image. C’est la photographie qui véhicule ses fantômes sur le papier ou sur les écrans. Le dessin est dans l’oeuvre originale. Les codes sont dans l’image. Certains dessins de bande dessinée et illustrations sont des oeuvres qui ont un dessin et peuvent devenir des images. Certains dessins de bande dessinée et illustrations sont des répétitions de codes, à la part de dessin minimale, et qui sont seulement destinés à être des images.

Pour le reconnaître, nous devons donc définir encore une fois le dessin. Le dessin est tout d’abord une représentation du temps. C’est une notion subtile, qui réside à l’intérieur du trait du dessinateur. Le temps de l’observation, l’humilité de sa main face à la nature, la volonté de rendre ce qu’il a vu. D’un autre côté, le code graphique ressemble au dessin, il l’imite, le simplifie, est autonome, loin de son sujet. Le dessin ne sait pas à l’avance ce qu’il sera. La part de hasard, de déséquilibre du dessin est majoritaire dans le processus, jusqu’à l’achèvement. Le code graphique cherche sa vérification, la confirmation que son système fonctionne. Sa part de hasard et d’évolution est basée seulement sur sa manière d’être jouée. Mais la partition est toujours écrite à l’avance. Je peux comparer facilement l’illustration et le dessin de bande dessinée à une interprétation (simplifiée) du Dessein, quand la peinture en est la composition.

Peinture II

Vinci disait : « Qui sait copier sait faire ». Les gens qui font du style de parti pris et s’écartent volontairement de la nature sont à côté de la vérité. Un artiste doit se rendre compte, quand il raisonne, que son tableau est factice, mais quand il peint, il doit avoir ce sentiment qu’il a copié la nature.

Henri Matisse, Notes d’un peintre.

Ces quelques réflexions, exprimées simplement, que l’on peut lire aussi chez Vinci, Rodin, et même Matisse sont les bases de l’enseignement de la peinture occidentale. Il n’y a pas d’autre enseignement possible du dessin académique. Et je pense qu’il n’y a pas en Occident d’autre enseignement véritable à suivre, ne serait-ce que pour s’en détacher, pour s’y opposer. D’ailleurs, pour s’opposer à un ordre établi, une hiérarchie, il faut qu’il y est un ordre et une hiérarchie. Sinon, la révolte tape dans le vide et devient seulement une expression individuelle qui vaut toutes les autres donc n’a aucun intérêt, si ce n’est recueillir l’adhésion des autres pour des critères qui seraient seulement affectifs et émotionnels. Mais si l’art n’est que « sentiment » dans notre société, je crois, moi, que l’art est surtout sacré, sinon il n’est pas art, mais seulement expression. L’art est l’alliance de la maîtrise et de la subversion, du sentiment et du sacré. L’époque actuelle a tendance à ne privilégier que le sentiment, et ne prend plus le temps de la maîtrise pour s’imaginer exister. La maîtrise n’est pas seulement réservée à la technologie ou aux sciences. La maîtrise et les techniques artistiques sont aussi un savoir. Mais il n’y a ni évolution ni progrès dans l’art. Toutes les époques se valent, et nous pouvons nous comparer aux anciens comme s’ils étaient nos contemporains. Il faut accepter que certains savent mieux que nous, et leurs seules preuves sont leurs oeuvres. Pour être meilleur, il faut d’abord admirer. C’est le premier chemin. Admirer et comprendre le travail que ceux qui nous précèdent ont voulu nous transmettre. On n’attend pas d’un maître qu’il soit flatteur ou complice, mais qu’il nous enseigne, qu’il nous apprenne son art, sa maîtrise. Cette maîtrise, nous serons libres de nous en éloigner, de nous y opposer, ou de vouloir la parfaire.

Je n’ai jamais autant appris sur le dessin qu’en regardant Goya. Goya est un révolutionnaire dans le domaine du dessin. Sa manière s’oppose à tout ce qui avait été démontré avant lui. A tout ce qu’on a voulu démontrer après lui. Artiste unique, il se moque des convenances de la beauté et de la justesse des formes. Quand j’étais jeune, et que j’échouais très souvent à vouloir peindre et dessiner ce que je voulais, regarder Goya m’a montré la voie. Le chemin fût long, il l’est encore, mais Goya permet de comprendre que toute instabilité, toute erreur, toute mollesse, toute raideur, toute inexactitude peut être un résultat beaucoup plus encourageant qu’une fade réussite conforme. Il faut accepter les torsions et les laideurs, possiblement même les exagérer et les faire siennes. Goya est le contraire de l’académisme. Et il est certainement l’artiste le plus punk, bien avant le XXème siècle, dans sa volonté d’expression personnelle. Tout dans sa peinture et ses dessins semble jaillir de l’instinct et de la vision pure, et tout dans sa technique semble renvoyer les enseignements traditionnels à des travaux consciencieux de bons élèves. Goya trempait des chiffons dans des seaux de pigments pour faire des ciels, peignait avec les doigts ou à l’aide d’une cuillère. Son dessin, souvent instable et grotesque, invoque la laideur et les sombres désirs. Goya est le maître de la caricature, de l’outrance et de la subversion. Avec lui, n’importe quel croquis peut devenir art, si tant est qu’on l’exagère, le dessine avec force et qu’on le revendique. Avec Goya, la peinture est instinctive, la force reste celle de l’esprit. Goya maîtrise les techniques, le dessin classique, mais s’en éloigne dès qu’il peut pour tenter des visions étranges. Nous sommes en opposition totale, avec la citation paisible de Matisse. Ce que Matisse a voulu dire: il faut lire derrière le premier sens.

On serait tenté, de prime abord, de comprendre que celui qui fait passer le style avant l’humilité de vouloir copier le réel se trompe. C’est exact, mais ce n’est pas suffisant. Dans le processus créatif, la main et l’esprit ne peuvent retranscrire que des erreurs (erreurs face au réel, mais justesses artistiques) qui sont autant de traductions de la réalité ou de l’imaginaire, du dessein de l’artiste. C’est à ce moment-là que l’artiste exprime son art. Son art est une erreur. Il faut bien le comprendre. Il peut affirmer cette erreur ou corriger cette erreur. Plus il affirme cette erreur et plus il va rendre possible un art instable, mais de cette instabilité peut naître la beauté, qui n’est plus une erreur. Plus il corrige cette erreur, et plus il va effacer ce qui révèle ses failles, son écriture, sa personnalité propre, et en tendant vers la perfection, il veut rencontrer la beauté. Van Gogh, quand il décide d’être peintre, part de zéro. Il met dans la peinture un absolu divin, religieux. Il entre en peinture comme on devient moine. Son désir de voir la beauté est comparable à un désir d’être saint. Il peint comme il prie. Sa possible folie, c’est son obsession, son autisme, si on veut, et c’est donc son génie.

On pourrait opposer Van Gogh à Bouguereau. Tout semble les opposer. Je choisis de ne regarder que les oeuvres. Et là je vois la même chose : le dessin. Ils ont pris seulement des chemins différents, chemins qui dépendent du hasard et des choix de vie. Mais le dessin est profondément le même, puisqu’il n’y a qu’un dessin. On apprend le dessin. Le factice de la citation de Matisse est ce qui le recouvre, malgré nous. Le style de parti pris est un style décidé en amont. Celui là est mauvais, il veut cacher les erreurs, les défauts. Il révèle un faux art, une absence de savoir et une peur. Le vrai style, nous ne le voyons pas quand nous dessinons/peignons. Nous ne le voyons qu’a posteriori. Quand nous dessinons, nous pensons véritablement « copier la nature ». C’est ainsi que l’on dessine. Et quand je regarde les oeuvres d’un artiste, je peux voir le dessin et la manière, qui est son art, même si les deux sont indissociables autrement que par mon regard. Connaître le dessin, c’est reconnaître le dessin dans le style, qui n’est rien qu’une manière possible d’exprimer le dessin.

Mais revenons à Leonardo Da Vinci. A partir d’une certaine maturité artistique (vers la fin des années 90), son dessin procède par superposition et effacement. Ce que les historiens appelleront le sfumato, ou ombre douce, comme une « fumée », tend à effacer le trait, effacer le coup de pinceau, oublier l’outil et la démonstration qui en résulte, ce qui serait: faire une peinture, au sens artisanal du terme. Ce principe aura une influence considérable sur la peinture occidentale. Et on pourrait séparer deux grandes manières de peindre : celle qui s’efface et celle qui se montre. Celle qui montre le coup de pinceau, le geste, contrairement à ce qui a été souvent dit, notamment au sujet des impressionnistes, s’attache au dessin pour prouver qu’elle est valable. Celle qui efface les coups de pinceaux tend déjà vers l’image (magie), et tend à faire « oublier » au premier abord la manière au profit du sujet. Pourtant, en se mettant en retrait, et en laissant le sujet prendre le pas, cette peinture a besoin de plus de technique. Pour revenir au dessin, surplomber le sujet, il faut superposer les effacements. A force d’effacer le sujet, Vinci revient au dessin primordial. Le sujet s’efface derrière la manière. « Marie Marcotte » est le portrait de Marie Marcotte. « Mona Lisa » n’est pas le portrait de Mona Lisa. Celui-ci a été effacé au profit d’une tentative d’absolutisation du dessin.

A partir du moment où le dessin devient juste, nous ne pouvons que comparer les manières. Mais ces manières peuvent aussi continuer la révélation du dessin. C’est d’ailleurs un des principes fondamentaux de la peinture : approfondir le dessin. Une peinture qui ne serait qu’une mise en couleur, n’est pas une peinture au sens « plastique » du terme. L’art plastique est une volonté de sonder l’espace de la représentation, dans toutes ses nuances et reliefs. Une peinture sans dessein n’est qu’une expression picturale, tandis que le dessein de tout homme renvoie au mystère en dehors de soi. Le sacré. L’expérience d’être. Et c’est ainsi que le sentiment est le plus fort.

Peinture

Ma passion a toujours été la peinture, parce que le dessin y est exprimé dans sa forme la plus absolue. Depuis plus de vingt ans, j’aime la chimie des couleurs et leurs liants, je me plonge dans des vieux livres, j’expérimente l’essence d’aspic et le baume de térébenthine de Venise pour les transparences et les glacis. Je tiens la peinture à l’huile pour la plus haute technique de dessin et la plus difficile à maîtriser puisqu’elle demande un niveau technique considérable. Je parle ici de « Peinture Classique » comme on parlerait de « Musique Classique », les paramètres étant différents dans ce que l’on appelle « Peinture » à partir de la Première Guerre mondiale. Je n’oppose pas Académisme (priorité du dessin et de la composition) à l’impressionisme et à ses dérivés (fauvisme etc…) ; la peinture alla prima ne permet que peu de retouches, mais les techniques du dessin y sont respectées. Je sais par expérience que le dessin rapide n’a pas le même intérêt pour l’artiste que le dessin long, et que les visions qui en découlent ne sont pas les mêmes mais sont tout aussi respectables. J’ai toujours eu une passion pour le travail de Gauguin ou celui de Van Gogh.

Je me suis souvent posé la question du degré de niveau maximum que l’on pouvait chercher en peinture, s’il est vrai que l’on doit continuer à apprendre toute sa vie, et toujours chercher à voir ailleurs plutôt que de répéter inlassablement ce que l’on est déjà capable de faire, au risque de s’enfermer dans un langage fini, qui n’a aucun intérêt artistique, seulement artisanal, puisqu’il n’est pas instable et rejette l’erreur et l’échec. L’art n’est pas la réussite du débutant. Pour être un artiste, il faut constamment échouer pour aller plus loin. Tout doit évoluer, ou alors on ne voit qu’une succession de recettes et de redites qui ont fait leurs preuves, mais qui sont dérisoires.

Mais revenons en arrière, dans le temps, dans la peinture, là où je retrouve mes bases, mes références, mes préférences. Si j’admire tout le génie de Goya, mon maître, que l’on pourrait rapprocher de Rembrandt, par ce dessin toujours accroché à l’espace temps plutôt qu’à la description méthodique des lumières et des couleurs, je deviens, en vieillissant de plus en plus sensible à la technique prodigieuse des peintres académiques dont je comprends de plus en plus le travail méticuleux.

Je dois bien vous l’avouer. J’ai une passion pour le tableau « Madame Marie Marcotte » de Ingres, que l’on peut admirer au Louvre. Ce tableau est une des recherches les plus poussées de la peinture et du dessin. Tout y est traité à égal niveau, sans les effets clinquants de l’illustration, qui masquent les points de faiblesse. C’est une peinture où le dessin fouille toute la surface, dans ses méandres, au premier niveau de lecture du regard. L’équilibre, l’harmonie, la justesse révèlent donc un travail extrêmement difficile. Peut être le plus difficile. Combien d’artistes ont été capables d’atteindre une telle science, et ont été capables de la manier avec art ? De tous les temps, et de tous les pays, ils doivent être moins de cent, et on pourrait en dresser la liste facilement. Ingres, on le voit, revient à la source du dessin italien (les deux grandes fondations du dessin sont le dessin italien et le dessin flamand), il apprend de Da Vinci essentiellement, mais peint en glacis la lumière douce, sans obscurité, plutôt d’une manière flamande. L’alliance de la beauté italienne et de la rigueur nordique. Le sujet est simple. La composition sans complexité majeure. Le visage doux, dur, fermé par la bouche, serein, le regard fixe, paupière lourde. Supériorité et bienveillance. Plus on le regarde et plus on le devine coquin, espiègle, profond, complexe, sensuel. C’est ce qui l’entoure qui le révèle : ce col en méandres, cette coiffure en méandres, ces plis de la robe en soie marron glacé en méandres sur ces coussins jaunes, une étole négligemment posée à droite. Un corps jeune et fragile, mince, dans cet emballage soigné. Mouchoir, lunette, livre… Une beauté difficile, aristocratique. Quelques bijoux. Da Vinci dans les mains, encore. Mais pas dans les yeux. Les portraits de Da Vinci ne vous regardent pas. Ils ont des pupilles qui partagent l’oeil en deux tonalités de clair-sombre et indiquent un mouvement, un vacillement du regard. Ici, la pupille est fixe, droite. Le portrait ne cherche pas l’abstraction, l’âme du peintre, l’universalisme de la figure. Il décrit le sujet. Il veut la ressemblance.

Da Vinci ne fait pas qu’une démonstration technique, d’accumulation de transparence et de glacis complexes de différentes couleurs pour faire vibrer les contours, les formes et les volumes, leur donner vie. Da Vinci cherche l’âme, l’esprit de la vie, dans ses dessins. Ses peintures sont une superposition de très nombreux dessins. L’accumulation et l’oscillation des espaces sont très complexes dans les tableaux majeurs de Da Vinci. Le traitement de l’obscurité, des ombres poussent la technique le plus loin possible pour arriver à s’en défaire. On pourrait dire que Bouguereau est un meilleur dessinateur technique que son maître Ingres, et que Ingres et Bouguereau prolongent le génie de Da Vinci. Leurs traitements des carnations, leur précisions prodigieuses décrivent mieux le sujet du portrait. Mais, dans leurs génies, ils se soumettent, à un moment de leur recherche plastique, au sujet du tableau. Je crois que Da Vinci, peut être à peu près au même moment, sur le chemin qui mène à l’aboutissement de la vision, quitte son sujet. Son sujet devient le dessin. Il ne quitte pas le dessin. Il le pousse encore, là où les autres, quoique déjà géniaux, s’arrêtent.
On peut alors légitimement se demander ce que l’on peut voir sur ce que l’on a déjà vu et ce qu’il reste à inscrire sur ce que l’on a déjà inscrit cent fois, mille fois, au même endroit, sur le support.
Ce n’est pas le minuscule retour de glacis bleuté qui ombre l’ourlet de la paupière qui intéresse Da Vinci. Je suis sûr et certain qu’il a peint cette nuance vingt fois, et que vingt fois il est revenu dessus, puis l’a effacé. Cette nuance est inscrite sur son dessin, même si on ne la voit plus. Au bout d’un moment, la vision se débarrasse du détail vrai, et cherche ce qu’il y a au-dessus de la perfection du dessin. La belle ferronière est la première étape, et puis la joconde achèvera cette recherche.
L’effacement est un déplacement, si infime soit-il. L’effacement est un mouvement. L’accumulation des effacements est la révélation de la peinture de Da Vinci. Le dessin de Da Vinci repose sur un enchevêtrements d’empreintes effacées. Au moment de l’apogée de la description, il a pris le risque de perdre son « résultat », son « travail ».
J’ai déjà répété cent fois, ici et ailleurs, que le processus du dessin devait intégrer l’erreur et l’échec comme deux éléments fondamentaux du principe de progression dans la vision. Il me paraît évident maintenant que l’on peut aujourd’hui y adjoindre l’effacement. Une fois arrivé au sommet de la montagne, on peut disparaître dans le ciel, s’élever encore.
Le dessin classique ne s’arrête pas aux traits (premier niveau), ni aux volumes (deuxième niveau), ni aux formes (troisième niveau), ni aux structures de formes (quatrième niveau) ni aux reliefs (cinquième niveau), ni aux lumières/couleurs (sixième niveau), ni à la temporalité (septième niveau). Le dessin fonctionne par addition des visions : les traits cherchent les volumes, les volumes + les traits dessinent les formes, etc… Au-delà, j’appelle tout niveau supérieur : rémanence de la vision. Je nomme rémanence du regard du peintre sur le tableau, ce qu’il y a au-delà du « temps du dessin ».

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Critiques

Notes pour la critique.
Foreword by Xavier Löwenthal for the collection of critical essays by Pierre-Yves Lador « L’Etang et les Spasmes dans la Bande dessinée », éd. Castagniééé, Vevey, 2006. In french.

With quotes (of Gabriel Delmas) from a thread on adabd.com.

The link http://www.5c.be/page.php?page_id=7&